La Psy de Freida McFadden

« Ma mère dit toujours que la seule façon pour que deux personnes gardent un secret, c’est que l’une d’elles soit morte. »

Belle citation. Dommage que le roman n'en soit pas à la hauteur.

Une promesse d'entrée de jeu

Bon…soyons justes : le prologue fonctionne. McFadden ouvre sur une expérience psychologique où un distributeur en panne rend la monnaie, il y a un numéro à appeler pour signaler le problème, et zéro appel reçu. Personne ne signale la panne. Tout le monde garde les bonbons gratuits. 

Conclusion : tout le monde ment, ou du moins, tout le monde choisit ce qui l'arrange.

C'est une entrée habile. Elle pose une thèse sur la nature humaine, installe une voix clinique et distanciée qui sied bien au personnage de psy, et promet un roman qui va jouer avec les perceptions et la morale. Le cadre est là. L'intention est lisible.

EEEEEET…..C'est à peu près là que s'arrête ce qui fonctionne.

Le problème avec l'écriture

Parce qu'une fois cette promesse posée, l'exécution ne suit pas. Le souci n'est pas tant le style de l’écriture, quoique souvent pauvre, que la construction phrase à phrase. Des informations entières sont répétées à quelques pages d'intervalle, comme si McFadden supposait que son lecteur avait oublié ce qu'il venait de lire. Dans un thriller, où chaque détail est censé compter, où l'attention du lecteur est une ressource assez importante, ce genre de redondance est particulièrement …chiante. Elle casse le rythme, dissout la tension, et finit par sonner comme de la méfiance envers le lecteur, comme si l'auteure doutait de sa capacité à retenir l'information (merci madame, si je lis c’est que j’ai un minimum de matière grise).

Or, pour moi, un bon thriller repose précisément sur ce contrat de confiance : je vous donne des indices, vous les notez, et à la fin vous serez récompensés de votre attention. McFadden rompt COMPLÈTEMENT ce contrat.

Un thriller sans tension

C'est vraiment là que le problème devient structurel. La Psy se présente comme un thriller et s'avère être tout sauf ça. McFadden mise sur une narration délibérément trompeuse (des révélations tardives, des ellipses stratégiques) plutôt que sur une véritable architecture narrative. Ce n'est pas la même chose, et la distinction est importante et le pire c’est qu’il y a des romans où ça peut marcher…mais là non.

Pour moi, une narration non fiable bien construite, c'est celle qui, une fois le twist révélé, vous donne envie de relire depuis le début pour repérer tous les indices qu’on avait manqué. C'est le plaisir propre au genre!!! cette impression que l'auteur jouait un jeu honnête avec vous, mais plus habilement que vous ne le pensiez. Ici, le twist final ne récompense pas l'attention du lecteur. Il la contourne. Les pièces ne s'assemblent pas rétrospectivement, elles ne s'assemblent tout simplement pas en fait. Ce n'est pas du suspense construit : c'est de l'arnaque narrative (oui je suis fâchée, ça se sent? Franchement on m’avait promis le thriller psychologique le plus incroyable de toute ma vie…)

Le prologue promettait un roman sur le mensonge et ses mécanismes. Il aurait fallu tenir cette promesse jusqu'au bout, faire du lecteur lui-même un sujet de l'expérience, le prendre en flagrant délit de ses propres angles morts.

Du coup, j'ai failli lui donner deux étoiles, uniquement parce que j'ai terminé le livre, ce qui suppose un minimum d'engagement et parce que je suis un peu dure du fait que mes attentes étaient siiii hautes. Mais en étant honnête : je n'ai pas continué parce que j'étais captivée. J'ai continué parce que j'espérais que ça allait finir par avoir un sens. MAIS ca n'en a jamais eu.

J'avais apprécié La Femme de ménage et entendu dire que celui-ci était encore meilleur. Pour moi, c'est loin d'être le cas. 

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