Le Familier de Leigh Bardugo

On n'a pas toujours l'énergie de commencer une immense saga de fantasy. Parfois, on veut simplement un standalone qui offre tout ce qu'on aime dans le genre, sans s'engager pour dix tomes.

Je vous présente : The Familiar de Leigh Bardugo, cochant toutes les cases d’une bonne fantaisie, pas besoin d’un engagement sur 10 tomes on a 400 pages qui nous captivent comme il le faut.

On se trouve en Espagne, au coeur du siècle d’or, alors que l'Inquisition traque les hérésies. Dans ce climat de terreur religieuse et de hiérarchies sociales, la magie (aussi discrète soit-elle) peut soit être une bénédiction divine ou la source de sorcellerie, sévèrement punie. Miracle ou malédiction ? Tout dépend de qui détient le pouvoir…

On suit Luzia Cotado, servante dans une modeste maison noble. Elle cache deux secrets dangereux : des pouvoirs magiques, et une origine juive. Lorsque sa maîtresse Valentina (prisonnière d'un mariage sans amour, marquée par son infertilité et le statut trop modeste de sa famille) découvre son don, elle y voit aussitôt une occasion de s'attirer les faveurs de l'élite espagnole.

Alors, Luzia se retrouve, pas tant malgré elle, au coeur d’enjeux politiques dangereux et doit naviguer la Cour royale avec sa magie, invoquée par des chants hébreux, sans qu’on découvre ses origines. Car le prix à payer n’est rien d’autre que sa propre vie.

« … let it be my ambition and not my fear that seals my fate. »
— Luzia

Luzia est une héroïne imparfaite, en quête de sa place dans un monde injuste. Ce qui m'a plu d'emblée, c'est la crédibilité des motivations qu’elle a: les petits miracles qu'elle accomplissait avant que Valentina la jette aux loups, lui servaient à survivre le quotidien (empêcher un pain de brûler, alléger un seau d'eau). Mais soudainement, elle est propulsée dans une aventure dangereuse pas tant malgré elle, puisqu’elle accepte. Après tout, ça ne peut qu’améliorer sa situation, et qui ne voudrait pas s’élever de rang ?

Mais Luzia a besoin d’entrainement, et pour cela elle doit accepter les enseignements d’un certain Guillén Santángel. Serviteur ironique et réticent, que la plupart soit ignorent soit redoutent, il devient son seul allié possible. Entre eux naît un lien inattendu : une complicité née de leur statut d'étrangers au monde. Mais, peut-on vraiment aimer quelqu’un qui serait prêt à tout sacrifier pour sa propre liberté? Car ce que Luzia ne sait pas, c’est que Santángel… joue un double jeu.

“Had Santángel been a true friend or a true advisor he might have said all these things. But he was a captive, and a captives only thought could be of freedom.”

Un autre point que j’ai beaucoup aimé, est que le roman ne tourne pas uniquement autour de Luzia. Il s'organise en une constellation de femmes remarquables : Valentina, Hualit, Teoda, et d'autres encore. Leurs vies singulières, leurs désirs et les pensées intimes sont rendus avec beaucoup de soin. Chaque personnage existe pour lui-même, avec sa propre logique, ses propres enjeux et attentes, trahisons et ambiguïtés morales.

Est-ce que j’ai aimé?

Oui ! The Familiar réunit tout ce que je préfère dans un roman fantaisie : des alliances mouvantes, des manœuvres politiques et des personnages avides de pouvoir, prêts à tout, même trahir ceux qu’ils aiment. Et la prose elle-même m'a emportée : la plume de Bardugo est une de mes préférées à ce jour.

Ma seule réserve est la multiplication des points de vue, et le fait que les personnages portent souvent plusieurs noms selon qui parle. Catalina de Castro de Oro, par exemple, est appelée "Hualit" dans les chapitres de Luzia, c’est super confus, mais rien de rédhibitoire.

Ayant déjà adoré la trilogie Grisha de la même auteure, je me suis immeditemnt mise en quête du reste de ses livres sur Vinted. D’autant que son style d’écriture s’est nettement affiné depuis Shadow and Bone !

Mes citations préférées

“It was the feeling of remembering great happiness you will never have again, the first flush of desire you know will never be consummated but that you can't help but hope for anyway, the desperate longing to see your beloved even when you know you are not loved in return.”

“ “Fear men, Luzia,"he said. "Fear their ambition and the crimes they commit in its service. But don't fear magic or what you may do with it." It was the closest he could come to honesty.”

“Valentina didn't care anymore that she had lived a life without love. She wanted only to know that it existed in the world and could be saved.”

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